07/04/2011

Protection générale contre la discrimination

En Suisse, il existe une norme pénale contre la discrimination raciste. Les homosexuel-le-s, en revanche, ne peuvent pas porter plainte contre la discrimination . La Suisse n’a pas de loi générale contre la discrimination. Il est urgent d’agir.

 

La Commission fédérale contre le racisme demande, en s’appuyant sur une étude, une meilleure protection des immigrant-e-s contre la discrimination. Cela n’est pas suffisant, estiment PINK CROSS et LOS, les organisations faîtières des gais et des lesbiennes en Suisse. Ce dont on a cruellement besoin, c’est d’une loi antidiscriminatoire générale, qui protège contre les discriminations de toutes sortes.

Parfois, la discrimination des gais et des lesbiennes se fait discrète: pendant le déjeuner sur le lieu de travail, quelqu’un demandera à la cantonnade si telle ou telle collègue absente n’est pas mariée ou si elle n’a pas d’ami. La manière dont la question sera posée est révélatrice: « Une personne qui occupe une fonction aussi importante - comment est-ce possible ? » Ou, prenons le cas d’une personne encore plus en vue, comme Guido Westerwelle. A en croire ce qui est rapporté par les médias à son sujet, il va de soi que personne n’aborde le sujet de son homosexualité. Mais on devine qu’elle fait problème. Quand son ami l’accompagne à l’étranger, on soupçonne aussitôt des intérêts financiers. Lorsqu’un ministre est accompagné de sa femme, personne ne soulèvera un problème cet ordre.

Les femmes se battent avec acharnement depuis des années pour leurs droits. Lorsque les lesbiennes et les gais veulent faire quelque chose contre la discrimination, on n’en trouve aucun écho dans la presse dominicale. Une loi antidiscriminatoire globale pourrait représenter une étape importante. A partir du moment où des employeurs doivent compter avec le fait que leur responsabilité sera engagée s’ils refusent d’engager des gais ou s’ils font obstacle à leur carrière professionnelle, un signal est donné. Lorsque l’insulte ne passera plus aussi facilement « sale pédé », la société aura fait un progrès pas important dans sa réflexion sur son comportement à l’égard des minorités.

En Suisse, précisément, la protection contre la discrimination devrait trouver une oreille attentive. Depuis toujours, la Suisse a été obligée de chercher un équilibre acceptable entre les groupes linguistiques. Il devrait en aller de même dans d’autres domaines. Les handicapés ont obtenu que tous les bâtiments publics soient construits en conformité avec la loi sur les handicapés ou qu’ils soient transformés à grands frais. En quoi une société qui ferait droit aux gais et aux lesbiennes serait-elle impossible ?

COMMUNIQUE DE LOS ET PINK CROSS

Commentaires

Il est indiscutable que le débat sur les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle n'est pas encore mûr en Suisse et qu'il nécessite d'être abordé, autrement qu'à travers le sens commun.

Seulement, nous ne pouvons nous limiter à blâmer la méconnaissance des personnes qui estiment encore que l'acceptation ou non d'une orientation sexuelle est un simple avis comme un autre, et que par conséquence, il s'agit plus d'une liberté d'opinion que d'une réelle discrimination. La discrimination fondée sur l'orientation est plus large que la discrimination pour une appartenance religieuse ou ethnique puisque, de fait, les homosexuels n'ont pas encore les mêmes droits que d'autres individus (mariage, adoption, don de sang, code pénal, etc.)

Sur cette question de la discrimination élargie, il faut également souligner que les homosexuels eux-mêmes ne se donnent pas toujours les moyens de mener une lutte politique contre les discriminations qu'ils subissent.Pink Cross, notamment à travers Jean-Paul Guisan, en est une parfaite illustration.

Le PDC a récemment soutenu la création d'un groupe de travail sur les questions liées à l'homosexualité. Le parti a donné son accord pour la création d'un tel groupe, dans le mesure où ce dernier n'aborde spécifiquement pas les questions du mariage et de l'adoption. Chez les Radicaux, les homosexuels se montrent de plus en plus et sont même relativement bien acceptés, dans le mesure où ils n'abordent également pas ces mêmes question. Jean-Paul Guisan, membre du parti Radical, représente intrinsèquement ce courant de pensée dans son activité associative - puisque nous ne pouvons dissocier l'individu politisé de l'activiste. Dès lors, comment peut-on d'une part prôner la fin des discriminations pour les homosexuels, et d'autres part soutenir un parti qui tient à les maintenir ?

Aborder la question des discriminations dont sont victimes les homosexuels est parfaitement légitime; encore faut-il que des associations comme Pink Cross aient le courage d'aborder cette thématique dans sa globalité et non pas se limiter aux quelques exemples cités dans ce billet.

Écrit par : Poufi | 07/04/2011

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