25/11/2010

Lancement d'une coalition internationale des villes contre l'homophobie et la transphobie

Le mercredi 24 novembre dernier, le parlement de la Ville de Genève, a accepté à l'unanimité une motion se prononçant pour le lancement d'une coalition internationale des villes contre l'homophobie et la transphobie. L'exécutif genevois est donc chargé de contacter diverses instances - dont l'ILGA, fédération mondiale des associations lgbtiq - afin de mettre sur pied cette structure.

La motion, rédigée par Yves de Matteis, Conseiller municipal vert et co-président de Pink Cross, invoquait dans ses considérants le fait que plus de 76 pays punissent l'homosexualité de peines de prison pouvant aller jusqu'à plusieurs années d'incarcération, et que sept pays punissent l'homosexualité de la peine de mort. Ces arguments ont porté, puisque tous les partis politiques siégeant au Conseil municipal genevois, de la droite la plus conservatrice à l'extrême-gauche, ont voté la motion.

La nouvelle coalition pourrait être réalisée suivant le modèle de la "Coalition internationale des villes contre le racisme» qui a été fondée en 2004 sous les auspices de l'UNESCO. A ces fins, la Ville de Genève est appelée à consulter divers organismes spécialisés, dont le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, l'ONUSIDA, et l'Association Internationale des Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Trans et Intersex (ILGA).

La motion avait d'ailleurs été votée en urgence par le Conseil municipal genevois afin d'être présentée dans le cadre de la conférence mondiale biennale de cette association, qui aura lieu du 4 au 9 décembre prochains dans la Ville de Sao Paulo, au Brésil. Avec la présence à cet événement de plusieurs politiques et représentants d'associations du monde entier, il est probable que des villes soutenant déjà l'ILGA, comme celles d'Amsterdam et de Bruxelles, seront parmi les premières villes à s'inscrire sur la liste des Villes intéressées à faire partie de la coalition. On peut également s'attendre à ce que la Ville de Sao Paulo, dans laquelle la Conférence a lieu, devienne l'un des premiers membres de la coalition.

Il est probable que les délégations lgbt participant à la conférence auront des propositions à faire pour que cette nouvelle coalition ne soit pas complètement coupée des personnes concernées, à savoir les personnes lgbtiq elles-mêmes, qu'elles soient ou non regroupées au sein d'associations. On en saura plus dans deux semaines, au retour de ces mêmes délégations.

22/11/2010

Le silence (de ceux qui se croient) des agneaux

«C’est un scandale que des hommes de l’intelligence de Benoît XVI ou Jean-Paul II n’aient pas fait de telles déclarations plus tôt. En s’abstenant, ils se sont rendus coupables de dégâts sanitaires considérables.» Selon <Jean-Paul Guisan, théologien et secrétaire de l’organisation suisse des gays Pink Cross>, la vision vaticane - conservatrice - de la sexualité, dans laquelle s'insère la réticence à l'emploi des capotes, est également à la base de bien des dégâts, psychologiques cette fois, chez les gays.

Extrait d'un article paru aujourd'hui dans 20 Minutes

11/11/2010

Discours de Pierre Biner pour la soirée inaugurale de "Everybody's perfect"

Il y a 32 ans, le premier festival gai et lesbien jamais organisé à Genève avait lieu au CAC Voltaire, situé à l'époque rue Voltaire. Cet audacieux rendez-vous a été très critiqué, notamment par les députés du parti Vigilant, l’extrême droite de l'époque. Sous prétexte que le festival faisait la promotion de l'homosexualité. Faisait du prosélytisme. Comme si montrer des films gais et lesbiens allait persuader des hétérosexuels de changer d'orientation. C'était bien entendu une manifestation de plus de préjugés qui courent malheureusement encore. Ne parlons pas de ces parties du monde où les préjugés sont si tenaces et puissants que les individus non conformes sont promis à la prison et à la mort : Afrique, Iran, Pays du Golfe, etc

Dans sa réponse aux Vigilants, qui voulaient punir le CAC en lui retirant 10% de sa subvention, le charismatique et remarquable chef de l'Instruction publique André Chavannes s'est opposé à cette mesure, et le vote n'est pas passé. Mais André Chavannes a tout de même reconnu que le CAC avait eu un tort: celui d'organiser ce festival AVEC les groupes d'homosexuels et de lesbiennes de Genève et de Lausanne. Au lieu de le faire tout seul. Et que cela ne devait plus se reproduire. Et voilà que 32 plus tard, à la veille de partir à la retraite, Rui Nogueira, le directeur du CAC, récidive ! Avec une ampleur et un retentissement bien plus considérables.

Pour être sérieux: qui mieux que les populations victimes de discrimination depuis des temps immémoriaux et qui ont finalement, dans la deuxième moitié du XXème siècle, osé se regrouper pour lutter, en finir avec la honte et revendiquer une visibilité impensable avant, qui mieux que ces populations est à même de montrer et de commenter le sort qui leur est fait? Cela vaut pour le présent festival. Cela vaut aussi pour la manière dont la différence sexuelle, à notre avis, devrait être abordée dans les classes, à l'adolescence, grâce en particulier aux témoignages - comme en Suisse allemande - d'un parent de gai, d'un gai et d'une lesbienne, comme on l'a vu lors des Assises genevoises contre l'homophobie en septembre 2009.

Bien loin de s'adresser aux seules minorités sexuelles - et depuis le festival de 1978 ces minorités ont elles aussi osé sortir du bois, et elles sont multiples et variées comme le montre notre programme - le festival de 2010 s'est voulu grand public, ouvert sur la ville et sur - guillemets - le monde hétérosexuel.

Hétérosexuels, métrosexuels ou asexuels de toutes obédiences, soyez donc les bienvenus, vous aussi, aux côtés des personnes appartenant aux minorités sexuelles! Il ne s'agit pas pour nous de faire un geste, en vous accueillant. Non. Simplement, sans vous nous ne sommes rien, nous n'existons pas, nous ne venons pas au monde, que vous nous ayez désirés - en tant que minorité sexuelle, s'entend - ou non. Il est peu probable que vous ayez souhaité à votre enfant le cadeau, difficile à porter quelquefois, de la différence sexuelle. Mais c'est comme ça. Vous nous avez faits, et cela va continuer sans doute jusqu'à la fin des temps. Nous sommes indissolublement liés à vous. Et c'est pourquoi aussi, les éléments de réponse, les outils, les fictions, les fables que nous vous proposons dans ce festival, sont là pour permettre aux jeunes, à ceux de VOS enfants qui se découvrent différents, de faire plus sereinement le chemin vers l'acceptation, la résilience et l'épanouissement.

Alors, merci d'être avec nous, ce soir. Et pour toujours.

Pierre Biner

coprésident du festival

et co-président de l'association "Le Gai Savoir"

www.everybodysperfect.ch/