04/06/2009

L’homophobie entraîne discrimination et violence

L’homophobie est-elle défendable ?

[Titre choisi par la Tribune de Genève. titre originel: ]

Depuis le 17 mai 2005, quinze ans jour pour jour après la suppression de l’homosexualité de la liste des maladies mentales par l’OMS, se tient chaque année la journée mondiale de lutte contre l’homophobie.

A l’heure où certains médias se font volontiers l’écho de provocations peu glorieuses, il n’est pas inutile de rappeler le fondement de cette journée.

D’un côté, nous avons les revendications des homosexuels, dans leur vie quotidienne, qui visent à obtenir une égalité de traitement à tous points de vue, en particulier en regard du droit matrimonial. Que d’aucuns s’y opposent alimente le débat et le dialogue permet à chacun d’avancer dans le respect mutuel.

En revanche, en ce qui concerne la lutte contre l’homophobie, il s’agit de lutter contre la haine et la violence dont sont victimes les personnes homosexuelles, quelles que soient leurs revendications. C’est engager le dialogue pour favoriser le respect envers l’être humain.

En crachant sur l’homosexualité en pleine célébration de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, Grégory Logean semble tout confondre. En fait, il ne s’en prend pas à l’homosexualité. Mais il attaque de plein fouet cette lutte et épouse volontairement la violence envers les êtres humains.

Peut-on défendre le fait qu’un Matthew Sheppard ait perdu la vie par le seul fait qu’il était homosexuel ? Peut-on encourager un jeune écolier à assassiner un Lawrence King ? Peut-on accepter qu’un tiers des adolescents qui découvrent leur homosexualité tentent de mettre fin à leurs jours ?

L’homophobie n’est pas défendable. Toutes les personnes, y compris ceux les plus réticents à accorder aux homosexuels l’égalité tant revendiquée, devraient unanimement lutter contre la haine, contre la violence et s’engager dans la voie du respect.

Fondamentaliste jusqu’au bout des ongles, Mary Griffith a beaucoup appris du suicide de son fils homosexuel. Voilà une femme qui est passée du rang d’homophobe au rang d’activiste de la cause gay. Pourquoi ? Parce qu’elle s’est instruite et qu’elle a compris que l’homosexualité de son fils n’était pas un choix.

Cette histoire est loin d’être un cas isolé et la récente célébration par l’église irlandaise de la journée de lutte contre l’homophobie en est bien la preuve.

Sous la thématique « Ne jetez pas la pierre », la plus ancienne église de Belfast a tenu à marquer cette journée. Pour son pasteur Brian Stewart, « protester contre la haine envers les homosexuels n’est ni plus ni moins significative que protester contre l’antisémitisme ».

Le prochain grand défi de notre société, ce sera celui de savoir enseigner le respect et la connaissance des diversités culturelles et identitaires aux jeunes générations. Car si la majorité des scientifiques s’accorde à dire que l’homosexualité est « acquise » à la naissance, l’homophobie est elle clairement « cultivée » par le manque d’éducation.

Ce n’est qu’en améliorant le système éducatif que nous parviendrons à faire accepter nos différences et à nous faire respecter en tant qu’êtres humains. C’est, semble-t-il, la seule voie qui permette de supprimer discrimination et violence.

Pour conclure, je tiens à dire à Grégory Logean que je partage totalement les valeurs familiales qu’il veut défendre à tout prix. Et lui rappelle que jusqu’à preuve du contraire, je ne suis pas stérile. Mais ça, c’est une autre histoire...

JENOE BUCHER
Membre de la Media Task Force, PINK CROSS

Article paru initialement dans la Tribune de Genève du 3 juin 2009, rubrique l’invité

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