08/04/2009

Lettre ouverte aux sexologues de 20 Minutes

Dans la Cage aux folles II, les agents du contre-espionnage suivent un cours de démasculinisation en apprenant à marcher sur la ligne imaginaire qui sépare l'homme et la femme. Caricatural mais tendre, poétique, voire métaphysique. Dans 20 minutes vous enseignez à Albert (Yverdon) le pas masculinoïde pour l'aider à ne plus passer pour un pédé. Votre métaphysique à la Mars et Vénus est elle aussi caricaturale, mais sans la tendresse ni la poésie. Et surtout pas drôle. Ce n'est pas le but d'une rubrique sexologique, direz-vous.

Mais prenez-vous au sérieux Arnaud (Montreux) quand vous lui faites le coup du "Certains-adolescents-traversent-une-phase-homo-normale-qui-leur-passera?" (On me l'a aussi fait.) Cette posture motivée par la déconsidération de l'homosexualité n'a rien à voir avec le constat objectif que des changements d'orientation sexuelle se produisent à tout âge et dans tous les sens.

Vous rétorquerez, en bon(s) psy(s), qu'il ne faut pas enfermer quelqu'un dans une catégorie sexuelle, même s'il croit que c'est la sienne. Certes. Mais vous, en envisageant une hypothèse unique (le "ça va passer"), vous enfermez vous aussi votre interlocuteur dans une catégorie, en l'occurrence la majoritaire. Si l'intéressé n'en est pas (de ladite catégorie), votre vision simplificatrice va, pour le moins,  lui compliquer la vie et le coming-out.

Dr Chatton, dans un tête-à-tête qui prolongea une conférence il y a deux ans, vous m'avez fait le coup du chercheur atypique, sans tabous, politiquement incorrect et incompris – des personnes lgbt notamment. Maintenant, je vois à quel point le sexuellement correct  habite votre démarche. Est-ce que ça vous passera?

Jean-Paul Guisan, secrétaire romand de Pink Cross

Lettre ouverte parue initialement dans le numéro 85 (avril) du magazine  360°

Commentaires

19 Mar 2009 19:12:43 +0100



Madame, Monsieur,



Je souhaite réagir à un article paru dans votre édition du 20 Minutes du
mercredi 18 mars 2009, en page 20. Il s'agit d'une rubrique conseil intitulée
"Comment déclarer mon homosexualité ?" où un jeune homme de 17 ans
demande comment "avouer" son homosexualité à ses parents et à sa
fiancée.



Vous commencez par lui conseiller d'y réfléchir avant de se précipiter,
admettons. Encore qu'à terme, il serait préférable qu'il puisse assumer ce
qu'il ressent, ce qui passe par l'affirmation de son identité. Mais vous
l'incitez ensuite à remettre en cause ses sentiments en évoquant une phase
passagère, des sentiments "qui peuvent prêter à confusion [...] de par
l'inexpérience".
Les personnes hétérosexuelles passent-elles par une phase passagère ? Leur
dit-on jamais d'y réfléchir à deux fois ? Leur prédit-on jamais une
orientation
changeante, susceptible de s'avérer homosexuelle ? Non, alors pourquoi agir
ainsi envers un jeune homosexuel ? Ce jeune ne met pas en doute cette
orientation, il vous demande conseille pour l'annoncer, ce qui est bien
différent. Au nom de quoi vous permettez-vous de douter de son identité ?



Votre propos continue et reste choquant. Vous lui demandez de réflchir à
"ce qui [l'attire] réellement chez [ses] pairs". Peu importe ce qui
l'attire, puisqu'il le ressent ainsi. Sait-on pourquoi on est homo ou hétéro
ou
autre ? Pourquoi telle personne déclenche en nous des sentiments amoureux ?
Vous montrez ensuite votre méconnaissance totale des parcours possibles des
jeunes homos, puisque vous associez le fait qu'il ait une fiancée à une
attirance pour les femmes. Vous passez donc sous silence la pression qui peut
l'avoir poussé à conclure cette relation, au-delà de la sympathie que cette
jeune femme lui inspire.



Mais plus grave encore, vous alignez ensuite une série de clichés
rétrogrades
sur l'homosexualité. Les questions que vous lui demandez de se poser sont les
suivantes.

- "Comment vous sentez-vous en tant que (jeune) homme ?"

- "Vous sentez-vous à laide, avec une certaine fierté d'être homme
?"

Ces deux premières questions remettent en cause sa
masculinité sans raison aucune. Un homosexuel ne peut-il pas ressentir de
"fierté d'être homme" ? Ni être à l'aise avec son identité ?
Etre homosexuel n'interdit ni la virilité, ni la fragilité. Il existe
autant d'homosexualités qu'il y a d'homosexuels. Leur rapport à leur
masculinité n'est pas malsain, ce que vous semblez sous-entendre avec un
raisonnement
du type : "si vous êtes mal à l'aise, alors peut-être êtes-vous
homosexuel".



- "Etes-vous intéressé par les jeux érotiques associés à la pénétration
?"

Il est à relever que la pénétration fait partie des
jeux érotiques que peuvent pratiquer deux hommes, ne vous en déplaise.
Néanmoins, ceci n'est pas une obligation et la sodomie n'est de loin pas
pratiquée par la majorité des homosexuels. Cependant, on peut se demander
quel
degré de tact vous possédez pour évoquer d'emblée avec un jeune homme de 17
ans
cette question. Son âge ne laisse pas automatiquement supposer qu'il soit
sexuellement actif. Mais qu'il le soit ou pas, il me semblerait plus indiqué
d'évoquer les sentiments, plutôt que l'acte sexuel. Dans
"homosexuel", vous ne semblez voir que "sexuel".



- "Vos expériences avec votre amie ont-elles été plaisantes" ?"

Quel rapport cela a-t-il avec son homosexualité ?
Supposez-vous qu'il se tourne vers les hommes par dépit sexuel ? Ne
croyez-vous
pas possible qu'on puisse être homosexuel sans avoir eu d'expérience avec
l'autre sexe ? Sans même en avoir jamais eu envie ? Sans même avoir jamais
rien expérimenté ? Demande-t-on jamais aux hétérosexuel-le-s si ils ou
elles
ont connu une expérience homosexuelle avant de se définir à jamais comme
hétéros ?



En conclusion, je dois vous faire part, non pas de ma déception, mais de ma
révolte. Vous présentez une image négative de l'homosexualité, qui repose
sur
un grand nombre de clichés rétrogrades qui, au lieu d'aider ce jeune à
trouver
sa voie, ne peuvent que le plonger dans le doute. Vous émettez des doutes sur
son orientation sexuelle au lieu de répondre à la question qui était posée
: comment l'annoncer ? La décision d'un coming-out ne se prenant pas à la
légère, j'imagine que ce jeune homme y a largement assez réfléchi
avant que vous le lui suggériez.



Oserais-je vous demander en conséquence qui sont les deux personnes
intervenant
dans cette rubrique ? A savoir Mme Antoinette Liechti Maccarone et le Dr
Dominique Chatton ? Sont-ce réellement des professionnel-le-s de la sexologie
?
ou à défaut de la psychologie ? Possèdent-ils une formation dans ce domaine
?
Ont-ils au moins une expérience associative avec des jeunes homosexuel-le-s ?
Au vu des propos tenus, je me permets d'en douter.



En vous remerciant par avance d'avoir pris le temps de me lire, et dans
l'attente très sérieuse d'une réponse de votre part, je vous présente,
Madame,
Monsieur, mes salutations distinguées.

Écrit par : G.C. | 27/04/2009

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