25/12/2008

La foi n'est-elle pas contre nature?

Certain souverain pontife  pense avoir trouvé la parade imparable pour contrer le militantisme gai et lesbien sans avoir à prononcer le mot homosexuel. Il s'en prend désormais aux études genre, qui pensent, à la suite de Simone de Beauvoir, qu' "on ne naît pas femme (ou homme), on le devient." Donc c'est la société et sa culture qui font, qui construisent ce qu'est un homme ou un femme. (La question de la pondération des facteurs  sociaux et biologiques  n'est évidemment pas résolue et alimente les controverses.)  Ces études, relativement nouvelles, ont aussi leurs limites, mais gageons que la position papale fera plutôt ressortir leur pertinence.

Pour le pontife souverain, cette démarche académique va à l'encontre de l'ordre créationnel. Elle autoriserait, elle justifierait des comportements qui représentent un danger aussi grave pour l'humanité  que tout ce  qui met en péril l'écosystème de la terre.

D'un côté,  on peut s'inquiéter de ce recours à l'écologie pour parler d'un ordre naturel assimilé à  un ordre divin. Le raisonnement logique est: Dieu a créé la nature avec ses lois; les lois de la natures étaient donc  dans l'entendement de Dieu de toute éternité; donc les lois sont divines. Dans les années trente, on parlait aussi d'ordre naturel: certes c'était pour justifier le racisme pro-aryien, et l'idéologie nazie était en opposition frontale avec le judaïsme et le christianisme.  Mais quand même... Des esprits moins bien intentionnés que notre bon pape pourraient se trouver justifiés à prôner les pires discriminations.

D'un autre côté, faut-il  s'inquiéter ou rire quand, en voulant recourir  à une sainte écologie on se met en contradiction avec des aspects  constitutifs  de la tradition  qu'on représente. En effet, le message judéo-chrétien (comme d'autres religions sans doute), bien loin de sanctifier la nature et ses lois, les subvertit. Dame Nature n'est pas une tendre mère (est-on sûr que de son genre féminin?): pensons à la loi de la jungle, qui n'est autre qu'un instinct de survie tout ce qu'il y a de plus naturel. L'amour, la grâce, le pardon, le souci des plus faibles, relèvent d'un ordre non pas naturel mais spirituel, voire surnaturel (disent Paul, Thomas, Pascal).

Qui plus est, dans la Bible, qui s'inscrit dans une culture patriarcale, Dieu n'hésite pas à revendiquer des traits tant masculins que féminins:  il est un père très aimant (Osée 11,1), un berger (Ps 23), un amant éploré puis éconduit (Osée 3,1/Ezéchiel 16), mais aussi une mère, une nourrice (Osée 11,4), une mère aigle (Deutéronome. 32, 11), une mère poule (Matthieu 23, 37), une princesse-danseuse-favorite (Proverbes 8,22-31. Dans le second  Testament, hommes et femmes sont appelés à faire partie d'une Eglise qui est la fiancée ou l'épouse du Christ.(2 Corinthiens 11,12) Enfin, on n'abordera pas la question brûlante "nature et célibat", mais on rappellera  que Jésus approuve le fait que  certains  se rendent eunuque pour le royaume de Dieu.

Joyeux Noël!

Une partie de ces propos a déjà été tenue dans Forums du 24 décembre. Ils n'ont pas été écrits avec la casquette de secrétaire romand de PINK CROSS mais de théologien, fondateur du groupe Chrétiens et Homosexuels.

Commentaires

Grand éclat de rire après la déclaration de Bêt 16. Croissez et multipliez - jusqu'au suicide s'il le faut. Mais c'est fait, Jeannot (on ne peut l'appeler saint "père", qu'il n'est pas je l'espère!), on est déjà trop nombreux peut-être. Mais c'est vrai qu'il y a de la réserve à Rome: la sainte patronne de l'écologie n'existe pas encore avec ce titre ! On nous servait il y a encore quelques décennies ce discours du fondamental en matière de sexualité. Je ne sais d'où l'on tire ce goût du (faux) inéluctable, comme si cela donnait plus de poids à ce que l'on croit, à ce que l'on dit. Vous comprenez: je ne juge pas (cela n'est plus de mode), mais j'affirme que c'est fondamental (on n'ose plus dire sacré). Tout le contraire de l'éthique, qui est discussion et choix. C'est ce que les gens veulent, à l'opposé du fondamentalisme !

Écrit par : Victor Devaud | 27/12/2008

Heureusement qu'il y a cette vision alternative de l'humain en jardinier ou en gérant de la création, pour exprimer la conception biblique du rapport entre hommes et nature. C'est celle qui est en vigueur au Conseil Oecuménique des Eglises.

Écrit par : Jean-Paul Guisan | 27/12/2008

Cet [article|http://www.letemps.ch/template/opinions.asp?page=6&article=247317|fr] de Jean-François Staszak, professeur ordinaire et directeur du
département de géographie à l'Université de Genève, paru dans ''Le Temps'' est le ''genre'' de réponse que j'aurais rêvée donner.

Écrit par : Jean-Paul Guisan | 07/01/2009

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